Elle se tenait assise devant un tas d'immondices.

bd

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Paris, elle était sur le trottoir, faisait-elle le trottoir ? Assise par terre le long du mur pourri, tagué. 

La drogue, les drogues...

Sa main tendue tenait toute seule au bout de son bras décharné une bouteille vide, faisait-elle la manche, était-elle morte ou mourante ? Je ne sais pas, non ! Sa main tremblait, je ne le saurais peut-être jamais, à moins de lui parler, Son corps, agité de spasmes déliriumniques.

Elle portait un souvenir de robe, une robe qui avait sans aucun doute dû être magnifique, apparentes, quelques broderies, de la dentelles de Cambrai, reconnaissable entre mille malgré leur état, quelques strass ici ou là.

Ses chaussures dorées gisaient à côté d’elle, ses pieds , ses chevilles ne pouvaient plus les porter, tant ils étaient gonflés par trop de marche ou de consommation excessive d’alcool, de charcuterie, de saloperies diverses où peut être même des drogues

Quelles drogues pouvaient vous mettre dans un tel état. Je ne sais, à moins de lui parler, comment aborder une telle ruine sans la froisser, si je puis dire.

À moins encore que sa vie ne l'ait fuie pour raison d’avant… 

drogues

Les contours de ses yeux bleus signalaient un passage à tabac en règle, ce n'est pas l’alcool me disais-je, putain elle en à bien bavé celle-là, que lui est-il arrivé.

Peut-être qu’à force de saloperie quelle aurait faite avant l’aurait conduit à ce schéma apocalyptique.

BD femme battue

Mon Jules m'a tabassée !

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Mademoiselle ? Madame !

.Va te faire foutre, SALE CON !

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Je n'insisterais pas, continuant la marche pour rentrer chez moi, j’avais encore trois km à parcourir à pied, pas que j’aimais particulièrement la marche, mais passé 18 h 30 il n’y avait plus de transports en commun, on nous avait expliqué qu’avant, il n’y avait pas d’heure pour rentrer à l'appart.

sale con01

J’étais presque arrivé chez moi, enfin si on peut dire.

Je supportais parce que nous étions tous logés à la même enseigne. Enfin je crois, enfin je ne crois pas du tout.

Derrière la vieille usine délabrée, où je jouais avec mes copains de l'époque, se trouvait mon chez-moi, petit studio minable, minablement meublé, pas meublé pour ainsi dire. 

usine délabrée02

usine détruiteBD

Flic je suis, flic je resterai. Flic dans une horde d'incorruptibles chargés de surveillance, de surveillance de quoi ? Je me le demande encore.

Quelle était ma mission avant ? Surveiller.

Surveiller quoi ! Bien, surveiller, comme avant.

On gagnait bien notre vie dans l’équipe, ça oui. Le problème c’est que tout le fric qu’on que l'on récoltait devenait des économies, tant rien ne pouvait plus s’acheter. Il n’y avait plus de marchandises à acheter.

Enfin ça n’allait plus durer bien longtemps

C’était qui cette fille ?

studioBD

Allez, un bon sandwich et au lit, on va penser à la mission de demain qui sera sensiblement la même qu’aujourd’hui :

Surveiller.

Ras le bol de surveiller sans savoir. Après un bon petit déjeuner de gruau à l’eau, oui je peux encore m’offrir ce luxe.

Me voilà dans le quartier d’hier à arpenter les rues à surveiller. Toutes les rues et aussi d’autres rues, mais, pas les mêmes rues. On ne sait jamais si je tombe sur quelqu’un que je n’aurai pas encore surveillé.

Je la connais cette fille, mais c’est qui ?

À la brigade ce matin on nous a donné les ordres de la journée. -

Il faut surveiller les garçons ! Et mieux que ça. Des gens se sont plaint du manque de surveillance. Ah ! Ça n’est plus comme avant nous a été rapporté...Avant, on était bien mieux surveillé.

J’arpente les rues et je tombe de nouveau dans celle où se trouvait la fille encore hier, celle que j’ai déjà vue, celle que je crois connaître.

Je zoomais la rue de droite à gauche.

Absente.

Est-elle morte, ou suicidée, vu son état, cela ne m'étonnerait presque pas. Mais bon, j’inspecte les rues alentour et rien de spécial ne m’apparaît sauf peut-être une flaque de sang.

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Du sang frais que mon scanner ne parvient pas à identifier, oui, je vérifie de nouveau et je lis sur l'écran que c’est du sang de cochon. Un sacrifice ou juste quelqu’un qui à faim, en tout cas je dois savoir puisque mon rôle est de tout savoir.

Elle est où cette fille, je la connais mais c’est qui. Impossible de me souvenir, en tout cas pour l’instant.. Gardons espoir.

Dans l’arrière-cour de cet immeuble encore délabré et non reconditionné en bureaux ou appartements se trouvent huit cadavres encore marchant, en train de dévorer comme des animaux un cochon rôti, celui dont j’avais vu les traces de sang. Bon, ils se nourrissaient et moi je surveillais comme c’était mon rôle et pas autre chose.

Surveiller, surveiller qui, surveiller quoi, surveiller tout.

- C’est votre boulot répétait-il à longueur de temps et quand on lui demandait surveiller quoi patron, il répondait

- Surveillez nom de dieu, bande de cons.

- Mon Jules m'a tabassé me dit-elle, je n'osais pas rentrer au bercail.

Je l’avais revue en tombant presque sur elle a l’angle d’une autre rue adjacente un peu plus loin.

Je ne savais pas quoi dire, c’était encore pire que la veille. Sa gueule, on ne pouvait plus appeler ça un visage tant il était tuméfié à l’horreur, rouge non plutôt violet et sanguinolent.

- Je n’ai pas rapporté un rond hier et il m’a punie. Je n’avais rien sous la main pour la soigner,

Donc cette pauvre fille faisait le trottoir, en moi-même je me disais que son souteneur ne devait pas toucher bézef, bien fait pour sa gueule à ce pourri.

Je ne pouvais pas prononcer un mot tant j’étais horrifié. Et d’ailleurs, je n’avais rien à lui dire puisque j’étais là pour surveiller, seulement pour surveiller. Pas pour aider ni pour parler, ni pour lui donner quelque chose à manger ni pour la réconforter.

Je tournais les talons pour passer à quelque chose d’autre à surveiller.
Je me sentais assez proche du malaise de moi-même pour n’avoir rien fait d’autre comme boulot : Surveiller.
J’aurais un rapport à faire dès ce soir. Le problème est que si je fais un rapport, demain ou un autre jour, je risquerai de ne plus revoir la fille.
- Je la connais cette fille, mais c’est qui ?

Le reste de la journée s’est passée sans encombre à surveiller et méditer sur ma façon de voir les choses maintenant que tout avait changé.

Bref après avoir avalé le maigre repas, je me mettais au lit pour réfléchir sur mon rapport à communiquer au bureau pour le chef de surveiller.

Trouver une solution pour préserver la vie de la fille de la disparition du trottoir ou de la surface tout simplement. Enfin de ma surface.

Il y avait aussi une vie en dessous, mais je n’y avais pas encore accès.


Nous autres flics de la brigade d’en haut demandions au chef :
-Patron quand pourrons-nous descendre surveiller en bas ?
-Vous êtes vraiment, bref, en bas, on ne surveille pas, puis évasif :
-En bas, on fait d’autres...Bon, vous le saurez bien assez tôt.

Nous les dix incorruptibles, dubitatifs, nous sommes resté au bureau.

Vêtus peaky blinders, mode incorruptibles, Borsalino vissé sur la tête et imperméable, bref, beaux mecs quoi.

Le débriefing de ce mois portait tout naturellement sur le sujet du jour :

« SURVEILLER »

- Les enfants, nous balance t’il direct, la situation s’améliorant, je vais pouvoir vous lâcher un peu la bride, et vous autoriser à un peu plus d’initiative.

- Ça va consister en quoi plus d’initiative patron.

-Et bien vous allez pouvoir commencer à identifier qui fait quoi.

- Qui fait quoi patron ?

- Bien par exemple, voilà un maçon.

- Un maçon chef ?

- Un maçon ou autre, peintre, commerçant, joueur de guitare, je ne sais pas moi : chanteuse d’opéra…

Bien patron dirent les dix de concert…

- Allez ! Un café et tout le monde dehors, au boulot.

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